Le magnifique témoignage d’une adhérente : « Un petit mot à celles et ceux qui font de l’épicerie sociale un moment de rencontre joyeuse »

« Un petit mot à celles et ceux qui font de l’épicerie sociale un moment de rencontre joyeuse »

Caroline Verger

Auteur, adhérente à l’AFB, bénéficiaire de la Bous-Sol’

« Bonjour à tous,

Je suis impressionnée, mais également heureuse de pouvoir aujourd’hui exprimer devant vous ma reconnaissance à l’association la Bous-Sol’, en témoignant de son action concrète en faveur des bénéficiaires, dont je suis.

Je n’aime pas parler de moi, mais si mon témoignage permet de mettre en lumière l’œuvre des travailleurs de l’ombre, je vous le livre avec plaisir.

Lorsque je suis venue pour la première fois à l’épicerie sociale, j’étais honteuse. Parce que je n’avais su éviter la précarité, parce qu’il me fallait saisir la main tendue pour me nourrir. J’étais extrêmement mal à l’aise, mais également – en quelque sorte – en état de choc. Je suis de nature solitaire ; à ma honte, s’ajoutait le malaise d’être en nombre. Comment, dans mon quartier pouvions-nous être si nombreux à avoir besoin d’aide ?

D’ailleurs, ce jour-là, je suis repartie bien vite, sans même faire mes courses et ne ramenant dans mon cabas que cette honte tenace et ce malaise entêtant.

Le jour même, ces Dames, que vous voyez ici m’ont appelée pour me proposer un autre temps, un moment plus intime, en dehors des heures d’affluence. Et puis, elles m’ont parlé des ateliers.

Ces ateliers, très divers, ne sont pas là pour cacher la misère, mais pour la remettre à sa juste place.

Car la misère ne qualifie personne, ne dit rien de ceux sur lesquels elle plane sans distinction. Aucun être humain ne peut se résumer à sa précarité.

Ces ateliers existent pour permettre à chacun d’afficher autre chose que sa situation socioéconomique, car elle n’est qu’une infime partie de l’équation que constitue une personne.

J’évoque volontiers ce que j’aime, qui m’anime et m’accompagne depuis toujours : la littérature. C’est pourquoi le Comité Coup de Cœur m’a séduite. Là, mon instinct grégaire se réveille. Là, je ne demande, n’achète ni ne vends rien ; j’échange, j’ai une place, j’existe pour moi-même. Grâce à ce partenariat établi par Mélanie avec une grande enseigne culturelle, j’ai eu accès aux sorties littéraires de l’automne, celles pour lesquelles je dois habituellement patienter plusieurs mois pour les trouver en bibliothèque, plusieurs années parfois, pour avoir la chance de les découvrir dans une boîte à lire, parmi les dizaines de pépites que j’y déniche régulièrement. Lire me rend heureuse.

J’en profite d’ailleurs pour vous encourager à lire un merveilleux roman de Colson Whitehead, prix Pulitzer, intitulé Underground Railroad, auquel je n’aurais pas eu accès de sitôt sans ce Comité Coup de Cœur. Je vous parle de cet ouvrage, et je pourrais en citer bien d’autres, car il n’est aucun prétexte plus désintéressé ni sincère qu’un livre pour échanger ce que l’on possède de plus personnel : ses émotions.

Nul n’est besoin de raconter sa vie, de dérouler son cursus, de donner une notice d’utilisation de soi, pour parler autour d’un ouvrage.

Exprimer ce que l’on aime ou pas d’un livre, c’est déjà beaucoup dire de la personne que l’on est. Cela permet de parler de tout : de féminisme, d’esclavage, de tragédies et de grands bonheurs, d’épopées fantastiques comme de moments fugaces, de ces choses qui composent les émotions qui caractérisent simultanément notre unicité, et notre universalité.

C’est pourquoi je témoigne aujourd’hui avec conviction du rôle que la Bous-Sol’ joue auprès des bénéficiaires.

Je viens partager, et occuper une place sur mesure, la mienne. Cela, je ne pense pas que l’épicerie seule me l’aurait permis. Cette dimension humaniste, dépourvue de toute considération matérielle, a dissipé ma honte. Elle m’a permis d’être plus juste envers moi-même, en cessant de ne considérer de moi, à ce moment précis de mon parcours, que cette dégringolade économique que j’avais été incapable d’endiguer.

Je n’avais de pauvre que le regard que la société porte souvent sur ceux qu’elle assiste, et que j’avais fait mien sans même m’en rendre compte. Je me trompais. En réalité, je suis riche. Si riche, que je peux partager sans compter, car ce que nous sommes vraiment n’est pas quantifiable.

Pour finir, je tiens aussi à dire que la Bous-Sol’ ne se résume pas à la nourriture terrestre ou spirituelle.

Que l’on peut y être initié à la sophrologie, à la peinture, au tricot, à la cuisine. On peut simplement y boire un café autour d’une assiette de gâteaux, s’informer sur sa santé, s’occuper de sa coiffure, participer à de nombreuses sorties. Chacune, chacun, peut y trouver ce qui l’anime, et ce qu’il consent à partager de soi. Voilà une structure précieuse et intelligente, en ce sens qu’elle restitue à chacun sa complétude.

Pour toutes ces raisons, je remercie très sincèrement et chaleureusement ces femmes et ces hommes qui, pour réussir un tour pareil, sont à n’en pas douter d’excellents magiciens.

Merci beaucoup. »

Caroline VERGER

 

Mme VERGER est auteur de deux ouvrages que vous pouvez trouver sur :
http://carolineverger.simplesite.com