Passionnées, enthousiastes, partageuses et bienveillantes, nous sommes quelques drôles de dames à qui rien ne fait peur : polars, romans classiques ou historiques, bandes dessinées comme récits d’anticipation animent nos conversations.

Venez apprécier nos commentaires et critiques de nos lectures “confinées” sur la page Facebook de l’Association des Familles du Bouscat.Nouvelles publications et nouveaux livres toutes les semaines.

Nous échangerons autour de nos vieilleries favorites comme de nos découvertes, et sommes aux premières loges des sorties littéraires du moment grâce à la générosité de l’enseigne Cultura. Bonne et joyeuse lecture !”

Mme VERGER

Un livre de martyrs américains, de Joyce Carol Oates

Plongée sans concession dans l’esprit d’un fou de dieu assassin, dans celui de sa victime et de leurs proches, à jamais traumatisés par les choix de leurs disparus. Un récit terrifiant au plus proche de tous les acteurs qui s’affrontent dans l’Amérique contemporaine autour de la question de l’avortement et, plus globalement, des droits des femmes. De la genèse des convictions de chacun aux lourdes conséquences de leurs engagements sur leur descendance, quand la piété des uns s’oppose au libre-arbitre des autres, instantané précis d’une nation moderne aux paradoxes explosifs.  

Une bête au paradis, de Cécile Coulon

Presque un récit de la fatalité, de ce qu’il adviendra d’une famille en dépit de ses aspirations au bonheur dans un lieu dénommé « paradis ». Nous suivons Blanche et Gabriel, orphelins élevés par leur grand-mère Emilienne avec Louis, le garçon de ferme qu’elle a recueilli. Une vie en liberté au fil des saisons, qui forge des caractères entiers sans place pour la trahison, et des failles insoupçonnables. Existence pour autant exigeante, pénible, éreintante, fermement ancrée à ces terres que Blanche n’admettra pas de perdre. Peut-être aurait-il fallu s’éloigner du paradis, pour contrer le déterminisme et toucher au bonheur ?

La part du fils, de Jean-Luc Coatalem

Celestial et Roy Hamilton sont trentenaires, amoureux, en pleine ascension sociale. Ils sont mariés depuis dix-huit mois et vivent à Atlanta. Le couple afro-américain se rend en Louisiane pour visiter les parents de Roy. Au petit matin, Roy, qu’une cliente de l’hôtel accuse de viol, est violemment arrêté par la police. Incontestablement innocent, il est pourtant incarcéré et condamné à douze ans de prison. Pendant des années, le couple s’écrit ardemment, Celestial rend visite à son mari, subvient à ses besoins et charge un avocat, ami de la famille, d’œuvrer pour sa libération. Tandis que Roy purge sa peine, il devient peu à peu irréel aux yeux de Celestial qui poursuit son ascension et s’éloigne de lui ; elle le quitte, sans pour autant divorcer ni abandonner sa défense, et noue une relation amoureuse avec son ami d’enfance. Roy est libéré avant le terme de sa condamnation ; il veut retrouver sa vie, sa femme, son identité. Cinq ans après son incarcération, les choix se percutent, se révèlent, et la réalité s’impose.

Racisme, injustice, couple, ce que la vie fait de chacun de nous : tout y est. C’est un très beau roman, intelligent, réaliste, percutant dans l’analyse sociologique des états du sud des États-Unis et des trajectoires de vie, saisissant dans la sincérité des sentiments exprimés sans détour avec une précision incisive et pourtant poétique.

La part du fils, de Jean-Luc Coatalem

La part du fils est celle dont nous héritons de nos aïeux. Ces zones obscures dont nos parents ne parlent pas ; ces blessures, si vives, qu’elles se transmettent à notre insu, car chacun porte son poids de l’histoire familiale, surtout dans ses aspects les moins exprimés. L’auteur reconstitue le parcours de son grand‑père exterminé par le régime nazi après dénonciation. Il s’efforce de restaurer la mémoire familiale en mettant ses pas dans ceux de cet homme sans sépulture pour lui redonner vie, le connaître, extirper son corps du silence et des cendres pour rendre sa place à celui dont la disparition fut si douloureuse qu’il fut impossible à ses proches de l’évoquer pendant des décennies ; dire à quel point le poids des absents, insupportable, conditionne l’histoire familiale.

Né d’aucune femme, de Franck Bouysse

Roman très dur, à l’image de la vie infernale d’une jeune fille de quatorze ans que l’on vend par lâcheté, que l’on souille avec sadisme, que l’on enferme sans folie. Rose écrit pour dire ; elle raconte la terrifiante emprise de ce que l’on appelle le destin, qu’une pauvreté tenace paraît rendre inéluctable. Sortie de l’enfance de la façon la plus brutale, elle devient une femme dont la force défie le temps, la cruauté des maîtres et le mauvais sort. Vraiment très dur, mais un roman saisissant. Sans hésitation, un bon roman.

Une partie de badminton, d’Olivier Adam

Un écrivain dont l’heure de gloire est passée voit son monde se déliter : il n’a plus d’inspiration, de travail ni d’amis, sa femme a une maîtresse, une prétendue sœur inconnue le harcèle, sa fille fugue puis se fait kidnapper avant d’assister à un meurtre puis à un suicide. Pourtant, la force de cet homme considéré comme fragile et dépressif réside dans sa famille, dont il va s’efforcer de maintenir la cohésion. Un des meilleurs romans d’Olivier Adam, dans lequel on retrouve ses errances poétiques mais où l’on découvre nombre d’actions dans les trames entremêlées des protagonistes, une belle énergie océanique et de fréquents traits d’humour.